Quand on regarde la trajectoire du MCU après la Saga de l’Infini, un constat s’impose : les films qui ont relancé l’intérêt du public sont ceux où Spider-Man occupe une place centrale. Pas en tant que figurant dans une équipe, mais comme personnage dont l’arc narratif conditionne la direction de l’univers entier. Avec Avengers with Spider-Man, on ne parle plus d’un simple crossover, mais d’une dépendance structurelle du MCU envers Peter Parker.
Spider-Man comme pivot de continuité entre les sagas Marvel
Avant No Way Home, Spider-Man servait de relais entre les générations de héros. Tony Stark lui passait le flambeau, Nick Fury l’embarquait dans des missions européennes. Le personnage fonctionnait comme un trait d’union commode entre deux phases du MCU.
La situation a basculé. Spider-Man n’est plus un trait d’union, il est devenu le point d’ancrage autour duquel s’articulent les prochaines sagas. Les scènes post-génériques de Brand New Day pointent directement vers Avengers: Doomsday et Secret Wars. On n’est plus dans l’hommage ou le fan-service.
Concrètement, chaque nouveau film Spider-Man pose les bases narratives du prochain événement Avengers. C’est une inversion complète de la logique initiale, où les films solo venaient enrichir un crossover déjà planifié. Ici, c’est Spider-Man qui dicte le calendrier.

Droits partagés Sony-Marvel : la contrainte qui façonne le MCU
On oublie souvent que Spider-Man reste la propriété de Sony en matière d’adaptation cinématographique. Marvel Studios et Disney n’ont accès au personnage que par un accord de co-production renégocié périodiquement. Cette gouvernance partagée est unique dans l’industrie.
Ce détail juridique a des conséquences directes sur la narration. Les scénaristes du MCU doivent écrire des arcs qui fonctionnent avec ou sans Spider-Man, au cas où l’accord ne serait pas reconduit. La tension entre Sony et Marvel sur ce sujet a déjà failli faire exploser le partenariat.
- Sony conserve les droits d’adaptation et contrôle la distribution des films solo Spider-Man, ce qui lui donne un levier de négociation considérable.
- Marvel Studios intègre Spider-Man dans les crossovers Avengers, mais doit obtenir l’accord de Sony pour chaque apparition, y compris les caméos.
Cette situation transforme chaque annonce liée à Spider-Man en indicateur de la santé du MCU. Si Sony retire Spider-Man, c’est toute l’architecture narrative post-Doomsday qui vacille.
Brand New Day et le reset émotionnel de Peter Parker
No Way Home a fait quelque chose de radical : effacer Peter Parker de la mémoire collective dans l’univers du MCU. Plus personne ne sait qui il est. Ni les Avengers, ni MJ, ni Happy Hogan.
Ce choix narratif repositionne Spider-Man comme un héros isolé, local, déconnecté du réseau Avengers. Brand New Day prolonge cette logique en montrant un Peter qui reconstruit tout depuis zéro, sans le filet de sécurité Stark Industries ni les contacts du SHIELD.
On pourrait penser que ça marginalise le personnage. C’est l’inverse. En le rendant plus vulnérable et plus autonome, Marvel en fait l’outil de reset émotionnel du MCU. Quand l’univers partagé croule sous les enjeux cosmiques et les multivers, Spider-Man ramène le récit à hauteur de rue. Un adolescent qui galère avec son loyer, ses cours et ses responsabilités de héros.
C’est précisément ce contraste qui rend son retour dans les Avengers si marquant. Il ne revient pas comme un membre parmi d’autres, mais comme le personnage dont l’arc personnel donne du poids aux enjeux collectifs.

Avengers Doomsday et Secret Wars : Spider-Man au centre du dispositif Marvel
La scène post-générique de Brand New Day oriente clairement vers les événements de Secret Wars. Spider-Man sert de fil conducteur entre les deux films Avengers, un rôle qu’aucun autre personnage du MCU actuel ne peut remplir avec la même efficacité commerciale et narrative.
- Spider-Man est le seul personnage dont les films solo génèrent suffisamment d’attention pour servir de rampe de lancement aux crossovers.
- Son statut de héros « oublié » dans le MCU crée un potentiel dramatique que les scénaristes exploitent pour les retrouvailles avec les autres Avengers.
- La popularité de Tom Holland auprès du public garantit une visibilité médiatique que des personnages comme les Fantastiques ou les X-Men n’ont pas encore acquise dans le MCU.
Marvel accélère sa relance en s’appuyant sur Spider-Man comme locomotive narrative et commerciale. Les retours varient sur la qualité de cette stratégie, mais le constat reste le même : sans Spider-Man, le MCU perd son personnage le plus fédérateur à un moment critique de sa reconstruction.
Spider-Man dans le MCU : un personnage devenu infrastructure
Ce qui distingue la situation actuelle des précédentes apparitions de Spider-Man dans les Avengers, c’est le niveau de dépendance. Dans Infinity War et Endgame, Spider-Man apportait un supplément émotionnel. Sa disparition lors du snap reste une des scènes les plus mémorables de la saga.
Aujourd’hui, Spider-Man n’est plus un supplément, il est l’infrastructure. Les décisions de casting, les accords contractuels avec Sony, le calendrier des sorties, les scènes post-génériques : tout converge vers un MCU qui ne peut plus fonctionner à plein régime sans ce personnage.
Cette dépendance comporte un risque réel. Si les négociations Sony-Disney échouent, ou si Tom Holland décide de passer à autre chose, le MCU se retrouve sans son ancrage principal pour la saga du multivers. Aucun plan B ne semble exister avec le même potentiel narratif et commercial.
La question n’est plus de savoir si Avengers with Spider-Man change le destin du MCU. Le destin du MCU est déjà lié à Spider-Man, et c’est cette réalité qui redéfinit les règles du jeu pour Marvel Studios.

